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Les Articles - Prise en main et recul
PRISE EN MAIN ET RECUL Cet article était paru dans la revue France-Silhouette. Vous avez essayé votre arme au banc ou soigneusement calée sur support de bench à la lunette et ça groupe l'enfer, quoique dans ce dernier cas vous puissiez connaître les problèmes de prise en main évoqués dans cet article, mais moins fréquemment qu'en match cependant, la position, le support et l'absence de la tension que l'on connaît en compétition permettant de gérer plus naturellement le problème. Alors pourquoi, en match, de brusques écarts inexpliqués surviennent ? La prise en main, camarade, la prise en main ! Je vais commencer l'article en détaillant le processus de recul de l'arme au départ du coup. Quel rapport me direz-vous ? Un rapport direct puisque si l'arme ne reculait pas, le problème de prise en main n'existerait pas. Nous allons en reparler. Et puis cela nous donnera l'occasion de reparler de ce qui "fait tomber les silhouettes". Tout d'abord un petit peu de frime avec la troisième loi de Newton (le gars qui a reçu une pomme sur la cafetière) : "A chaque action correspond une réaction égale et directe en sens opposé". Ce principe explique pourquoi une arme recule lorsqu'elle propulse un projectile. Le pistolet chargé objet du paragraphe qui vient sera considéré comme un ensemble autonome. Lorsque le percuteur matraque l'amorce, celle-ci émet un jet de particules incandescentes qui enflamment la charge de poudre. La combustion de la poudre fournit en un temps très bref une énorme masse gazeuse sous pression. La pression de ces gaz va s'exercer également dans tous les sens, aussi bien vers le culot de la balle que vers la culasse et les parois de la chambre. N'étant heureusement pas soudé à l'étui, le projectile va décoller mais, en vertu du principe énoncé ci-dessus (action = réaction), le pistolet va reculer. Dès que la balle se met en mouvement, l'arme se met également en mouvement, mais en sens inverse, bien sûr. Comme le centre de gravité d'un pistolet n'est généralement pas situé dans l'axe du canon, le recul ne sera pas linéaire et l'arme pivotera. Avec un pistolet fixé sur un banc, le recul se fait toujours de la même manière, cartouche après cartouche, car l'arme est tenue de façon strictement identique à chaque fois et le recul est aussi absorbé de manière identique. En match, le pistolet est tenu par le tireur et c'est le dit tireur qui va encaisser le recul et l'amortir. Nous avons affaire dans ce cas à un ensemble arme-tireur. Les réactions au recul seront différentes d'un tireur à l'autre en fonction des disparités de morphologie, de force physique, de poids, de prise en main... Ces réactions pourront aussi être différentes pour le même tireur si sa prise en main n'est pas identique pour chaque cartouche tirée. Au moment précis où le projectile se met en mouvement, l'arme se met aussi en mouvement en sens opposé. On comprend que la prise en main va influer sur la trajectoire du recul de l'arme. Selon que l'on prend plus haut, plus bas, la main vers l'extérieur ou vers l'intérieur, on va modifier les axes de pivotement. Il en est de même de la force avec laquelle on serre la crosse, selon que l'on serre plus ou moins fort. Ce fait est simple à constater. Prenez un revolver ou un MOA (ces armes sont très sensibles à la prise en main de par la forme de leurs crosses) et tirez une série de quelques coups en changeant radicalement la prise en main entre chaque coup, en serrant la crosse un minimum puis en serrant comme un forcené. Vous verrez le (désastreux) résultat. En changeant la prise en main et/ou la force avec laquelle on l'applique, on change la direction de la bouche du canon au moment où la balle quitte celui-ci. Ce type de problème n'arrive pour ainsi dire pas avec un XP-100 dont la poignée centrale est taillée à la mesure de la main de l'utilisateur. En effet, avec une telle poignée la prise en main se fait correctement naturellement. Pour avoir une prise en main changeante entre chaque coup avec ce type d'outil, il faut vraiment le faire exprès. En match, la prise en main doit faire partie des préoccupations majeures, au même titre que la qualité du départ ou que l’accommodation de l’œil sur le guidon. Après chaque coup et avant de reprendre une visée, il faut rechausser correctement l'arme à l'aide de la main faible, toujours de la même manière et en respectant les mesures de sécurité. Pas question donc, ce que l'on voit trop fréquemment, de prendre à pleine main un revolver à hauteur de l'entrefer (espace barillet/canon), surtout si le chien est armé (il faut toujours rechausser avec le chien non encore armé). Si le coup partait, vous y laisseriez non pas des plumes mais de la bidoche et plus ou moins gravement selon le calibre. Ne vous marrez pas, c'est déjà arrivé. En règle générale, il faut rechausser l'arme non armée, quel que soit son type : avant d'armer le chien pour un Contender ou similaire, avant de verrouiller la culasse pour un XP-100 ou similaire, etc. Cette procédure ne pouvant être pratiquée avec un semi-auto, il faut être encore plus vigilant. Une fois que l'arme est bien chaussée, pensez à utiliser toujours la même force pour la tenir. Il ne s'agit pas de passer d'une prise en main crispée à une prise en main "relax" d'un coup sur l'autre, cela aurait le même effet qu'une position de main changeante. Digression sur la chute des silhouettes et les contraintes subies par le tireur : Tout objet en mouvement véhicule un certain niveau d'énergie cinétique appelée E (formule : E = mv²/2) et une certaine quantité de mouvement appelée Q (formule : Q = mv). Dans ces formules, m représente la masse de l'objet (en kilogrammes) et v sa vitesse (en mètres par seconde). Je rappelle que c'est la quantité de mouvement que le projectile transmet à la silhouette qui fait tomber celle-ci et non l'énergie cinétique dudit projectile, comme on le verra plus loin. Les forces exercées par la masse gazeuse dégagée par la combustion de la poudre étant internes à l'ensemble considéré (l'ensemble étant l'arme et sa cartouche) et cet ensemble ne recevant aucune impulsion extérieure, la quantité de mouvement globale du système ne varie pas : il y a conservation de la quantité de mouvement. La quantité de mouvement du projectile qui se dirige vers l'avant est égale à la quantité de mouvement de l'arme qui se dirige vers l'arrière. Nous avons : M V = m v (M=masse de l'arme, V=vitesse de recul de l'arme, m=masse du projectile, v=vitesse du projectile). La vitesse de recul de l'arme est: V = m v / M Exemple chiffré où il ne sera pas tenu compte de la masse de poudre (éjectée derrière la balle sous forme gazeuse) pour simplifier les calculs (il s'agit de donner un ordre d'idées) : Soit un pistolet pesant 1,8 kg et propulsant un projectile de 10 grammes (0,01kg) ayant une vitesse à la bouche de 600 m/s. Le calibre importe peu puisqu'il s'agit ici d'un problème de masses et de vitesses. La vitesse de recul du pistolet sera à ce moment de : 0,01 x 600 / 1,8 = 3,33 m/s. Les quantités de mouvement sont: Pour l'arme: 1,8 x 3,33 = 6 kg.m/s. Pour la balle: 0,01 x 600 = 6 kg.m/s. Les énergies cinétiques sont: Pour l'arme: 1,8 x 3,33² / 2 = 10 Joules. Pour la balle: 0,01 x 600² / 2 = 1800 Joules. Partant du principe qu'à 200 mètres la balle a perdu 100 m/s et arrive à 500 m/s (cela correspond en gros à la réalité pour beaucoup de calibres), nous avons: Quantité de mouvement de la balle à 200 m: 0,01 x 500 = 5 kg.m/s. Energie cinétique de la balle à 200 m: 0,01 x 500² / 2 = 1250 Joules. Concernant la quantité de mouvement, l'impact de la balle sur la silhouette n'étant pas élastique, il ne sera transmis à la cible qu'une fraction de la valeur théorique calculée. Note: un impact dit totalement "élastique" impliquerait que la balle (totalement indéformable) rebondisse sur la cible (elle aussi totalement indéformable) et reparte en sens inverse à la vitesse où elle est arrivée. Dans ce cas, la balle transmettrait intégralement sa quantité de mouvement à la cible. Dans la réalité, la balle se fragmente, les éclats ayant une dispersion radiale dans le plan perpendiculaire à sa trajectoire et seule une particule de culot repart quelquefois en arrière sur une paire de mètres. Autant dire que la balle ne transmet qu'une infime partie de sa quantité de mouvement à la cible. On peut matérialiser un impact élastique en lançant à la main une bille d'acier sur une silhouette bien plane (sans se mettre trop près et sans personne autour et gare au retour si c'est fait avec un fronde, ce que je déconseille fortement). La bille rebondira avec une vitesse proche de sa vitesse d'impact. Nous pouvons constater que le tireur encaisse plus de quantité de mouvement que la cible, mais infiniment moins d'énergie cinétique. Ceci explique d'une part que l'on puisse faire une longue carrière de tireur à condition de toujours se trouver du côté de la crosse et d'autre part qu'il faille tailler les cibles dans de la tôle traitée indéformable. Il faut qu'elles résistent à toute cette énergie cinétique et qu'elles absorbent le peu de quantité de mouvement que la balle peut leur transmettre. Si la tôle est de mauvaise qualité et que la balle passe au travers, l'énergie cinétique aura fait son travail (le trou) mais aucune quantité de mouvement n'aura été transmise et la silhouette sera trouée et debout. Fin de la digression. JPB Date de création : 04/06/2006 @ 13:55 Réactions à cet article
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