Une des particularités du tir sur silhouette est la possibilité (c'est même très fortement conseillé) pour le tireur, d'avoir un "coach" pour l'assister pendant le tir. Si le tir est une spécialité, coacher est aussi une opération délicate qui ne s'apprend pas en un jour. Un bon coach peu faire gagner un match et un mauvais coach (et non pas un coach de mauvaise foi, ce qui est différent), faire exactement l'inverse.
Rôles du coach:
Il y en a beaucoup. En voici une liste non exhaustive:
Veiller à ce que le tireur soit prêt en temps et heure pour l'épreuve.
Avoir son propre matériel au complet et en état de marche.
Vérifier que le tireur a tout son matériel.
Etre prêt avant le commandement "Chargez", avec chrono et lunette correctement réglés.
Ne pas oublier qu'une fois le commandement "Chargez" est donné, il est interdit d'apporter une quelconque aide physique au tireur.
Surveiller la bonne application des règles de sécurité par le tireur.
Aider le compétiteur psychologiquement en s'adaptant à sa personnalité, aux conditions du match, à l'épreuve tirée.
Donner, à bon escient, des indications sur les impacts.
Informer le tireur des conditions météo (vent, mirage).
Lors des changements de réglage de hausse, veiller à ce que le tireur mette les bons clics, dans le bon sens.
S'assurer que le tireur engage la bonne silhouette.
Minimiser les éventuelles frictions qui pourraient survenir entre le tireur et un tiers.
Gérer le chrono.
Aider au transport du matériel lors des changements de pas de tir.
Choix du coach:
Le couple coach-tireur est une équipe qui doit être soudée et avoir une certaine complicité. Evitez, cela va sans dire, de faire équipe avec quelqu'un en qui vous n'avez pas confiance.
FONDAMENTAUX:
· La confiance doit être absolue entre le tireur et son coach.
· Une erreur de la part du coach ne doit pas mettre en péril le couple coach-tireur. Que celui qui ne s'est jamais trompé …
· Garder à l'esprit que le tireur du matin sera vraisemblablement le coach de l'après-midi et vice versa.
L'idéal est de faire équipe avec la même personne tout au long de la saison. Malheureusement, cela n'est pas toujours possible. Dans ce cas, il faut travailler à tour de rôle avec quatre ou cinq bons copains et puiser dans ce "vivier" de coachs au hasard des matchs. L'important est que le tireur se sente bien avec son coach. Le coach doit avoir envie d'aider le tireur, de le voir taper un super score.
Le matériel:
Avant le match, le tireur et son coach doivent faire une check-list du matériel:
· Arme, munitions et fiches de réglage de hausse correspondant à l'épreuve tirée.
· Outil pour régler la hausse (tournevis, pièce de monnaie, clef Allen, …)
· Vérifier que les instruments de visée sont noircis et réglés pour la première distance engagée.
· Cartouchière et protections diverses (de coude, de cuisse, de mollet, casque, lunettes).
· Plaquettes de coaching et feutre ou pointeur laser pour permettre au coach d'indiquer l'emplacement des impacts à son tireur.
· Lunette ou jumelles et chronomètre pour le coach.
· Casquette à grande visière pour le tireur.
· Gris-gris et amulettes divers pour écarter les mauvais esprits et solliciter la bienveillance des dieux.
· Poupées vaudou à l'effigie des principaux adversaires avec les épingles qui vont avec (déconseillé pour se faire des amis).
Positionnement du coach:
Le coach s'installera le plus près possible du tireur. La lunette sera placée le plus près possible au dessus de l'axe du canon. Cette disposition permet deux chose:
1. Faire corps avec le tireur.
2. Voir le projectile sur sa trajectoire lorsque les conditions d'éclairage sont favorable. Tous les stands ne comportent pas de buttes derrière les silhouettes. On ne peut donc compter que sur le projectile lui même pour voir où ça passe.
Il faut faire attention à ne pas poser le pied de la lunette sur le même support que celui où est placé le tireur (table, palette en bois, …). En effet, au départ du coup ce support vibre et l'image devient floue dans la lunette juste au moment le plus intéressant.
Comportement du coach:
Le coach doit être concis et sans équivoque dans ses explications sur le positionnement des impacts. Supprimer du vocabulaire les phrases sibyllines telle que: "C'est un peu haut, dans l'axe, au dessus de la patte avant et à deux travers de doigt du centre".
De plus, "patte avant" peut désigner aussi bien la gauche que la droite, selon le sens de positionnement de la silhouette. Une expression de ce type oblige le tireur à faire une traduction mentale pour avoir la direction précise.
Les principaux mots à employer doivent être "haut", "bas", "droite", "gauche", "limite de sortie" (combiné avec les précédents) et "centre". Le tireur et son coach se mettront d'accord avant le match sur le vocabulaire qu'ils emploieront. L'utilisation d'une plaquette portant l'effigie de la silhouette considérée sur laquelle on montrera l'impact au tireur, à l'aide d'un feutre effaçable ou d'un pointeur laser, simplifiera grandement les choses mais peu distraire le tireur et donner une précision sur l'impact qui n'est pas toujours souhaitable comme nous le verrons plus loin.
REGLE D'OR: en cas de doute ou lorsque l'on n'a rien vu, on se tait, on n'indique rien. On se contente d'avouer que l'on n'a pas vu l'impact.
Adaptation au tireur:
Il est important que le tireur et son coach se connaissent bien et aient pratiqué souvent ensemble. De cette façon, le coach ajustera son comportement à la personnalité de son tireur.
Certains tireurs se prennent en charge tout le long du match, d'autres ont besoin, tout le temps ou à un moment donnée, d'être assistés par leur coach (et ce n'est pas péjoratif).
Exemple pratique: la silhouette est touchée mais vraiment très très bas. Déjà, le coach devra déterminer si cet impact est accidentel, dû à une erreur ponctuelle de visée que le tireur annoncera peut être, ou s'il est dû à un mauvais réglage de la hausse.
Dans le premier cas (erreur ponctuelle), le coach annoncera "limite de sortie basse" et rappellera au tireur de soigner sa visée.
Dans le second cas (mauvais réglage):
1. Si son tireur désire se prendre en charge seul, il annoncera "limite de sortie basse".
2. Si son tireur désire une assistance complète, il annoncera "monte de deux clics" (par exemple). Ceci implique de la part du coach la connaissance de la valeur du clic à la distance et pour l'arme considérés.
La qualité de base d'un bon coach est l'adaptabilité. Le coach doit adapter son attitude en fonction de la personnalité, de la forme et de la compétence du tireur ainsi que de l'épreuve concernée.
Adaptation à l'épreuve:
Avant de déclarer un impact trop haut, trop bas, un peu plus à l'ouest ou quelque part ailleurs, il faut pondérer en fonction de l'épreuve concernée.
Prenons l'exemple du revolver gros calibre (position libre). Beaucoup de revolvers utilisées en silhouette ont un groupement (au banc) s'inscrivant dans un cercle de 20 cm de diamètre à 200 mètres. Le mouflon mesurant 32 cm du haut du dos au bas du ventre, la balle la plus haute du groupement sera à 6cm du haut du dos et la plus basse à 6cm du bas du ventre, si le groupement est centré. Le tireur n'étant pas un étau, on voit qu'avant de déclarer un impact mal placé il faut y réfléchir à deux fois. C'est pourquoi je disais plus haut qu'il n'est pas toujours judicieux d'indiquer précisément le point d'impact au tireur. Dans le cadre de l'exemple exposé, avec une arme bien réglée et un tireur faisant sa part de travail, on peut très bien avoir une série complète abattue avec les impacts extrêmes près à sortir en haut et en bas, le coach se contentant de dire "C'est bien" ou "Centre" à chaque fois, sans autre commentaire.
Mais si l'on coache une épreuve production (position libre) tirée avec un pistolet groupant dans un cercle de 5 cm à 200 mètres, il faudra vraiment annoncer une limite de sortie si elle survient;
Pour toutes les épreuves se tirant en position libre, il ne faut pas hésiter à annoncer au tireur la tendance de son tir après une passe de cinq coups. Par exemple, si l'ensemble des impacts est groupé au dessus de l'axe horizontal de la silhouette (il sera alors peut être judicieux de retirer un ou deux clics pour la série suivante) ou si le tir a tendance à baisser au fur et à mesure des coups.
Pour les épreuves se tirant debout, le coach doit s'en tenir à cette règle simple: quand c'est dedans, l'annonce doit être "C'est bon" ou "Parfait". L'indication de l'impact ne se fera que si une tendance franche apparaît au fil des coups ou pour les loupés.
Indications en fonction des conditions extérieures:
Des conditions atmosphériques particulières (éclairage particulier, mirage, …), un vent latéral soutenu, peuvent provoquer un déplacement du groupement. C'est le rôle du coach de donner au tireur la valeur de la correction.
La déflexion de la trajectoire due au vent latéral se fait surtout sentir à partir de 150 mètres en gros calibre et 75 mètres en petit calibre. En pratique, il faut un vent latéral très violent pour que le groupement sorte de la cible aux deux première distances.
Conclusion:
En résumé, l'annonce est à moduler en fonction de la précision intrinsèque de l'arme utilisée et de l'habileté du tireur. Il est bien évident que la taille du cercle de dispersion est en relation directe avec la précision de l'arme et l'adresse de son utilisateur, adresse qui peut varier selon les jours (forme ou méforme) et le moment du match (montée du stress). Le coach doit intégrer tous ces paramètres avant d'annoncer qu'un impact est mal placé et nécessite une correction.
Lorsque le coach sent que le groupement s'est élargi pour cause de stress mais que ce groupement est toujours centré correctement, il aura intérêt à encourager son tireur en lui annonçant "C'est bien, continue" après chaque balle. Surtout ne rien dire sur la position réelle des impacts. Beaucoup de score parfaits ont été faits alors que sur les béliers le tireur en avait mis partout sous la pression du match. Le groupement s'était considérablement élargi mais était resté centré et surtout, le coach l'avait compris et n'avait pas fait d'annonce précise. L'annonce d'un coup trop haut ou trop bas aurait entraîné un loupé au coup suivant. Dans ce type de situation, le coach doit avoir l'intuition, être en phase avec le tireur. Ca ne s'explique pas, ça se ressent. C'est l'expérience qui joue.
Vous voyez donc le rôle PRIMORDIAL du coach. Ce rôle est souvent mal compris et le coach se limite trop souvent à relater "bêtement" la position exacte des impacts. Un bon coach est inestimable et est une valeur sûre à ménager.
Un bon nombre "d'exploits", que ce soit lors de matchs internationaux ou tout simplement lors de la réalisation d'un premier score parfait, sont souvent dus à la qualité du coach ce jour là.
Et pourtant, le coach n'est jamais récompensé, rarement félicité. Une plus grande justice demanderait à ce que le nom du coach soit associé à celui du tireur sur les palmarès et que celui-ci partage le podium avec son tireur.
JPB