Tout tireur, et a fortiori tout adepte du rechargement, doit avoir dans sa panoplie un chronographe. C'est à mon avis indispensable. Cet appareil sert à mesurer la vitesse d'un projectile à la sortie du canon. On peut également l'utiliser pour mesurer la vitesse de flèches ou de traits d'arbalète, ainsi que celle de la masse de grenaille à la bouche des armes à canon lisse. Dans ce dernier cas, il faut protéger l'appareil d'un éventuel plomb égaré et des morceaux de bourre.
Présentation
Les progrès de l'électronique et la production de masse ont aujourd'hui totalement démocratisé cet appareil. On en trouve à partir d'environ 800 francs jusqu'à 3 000 ou 4 000 francs. Les appareils les plus chers ont des calculateurs intégrés permettant de mémoriser un grand nombre de coups et d'effectuer des calculs statistiques complets. Ils sont équipés d'une imprimante et quelquefois d'un capteur supplémentaire de contrôle. Je vous rassure, les versions de base conviennent très bien.
Il existe deux types de chronographes :
· Ceux dont les capteurs sont séparés du corps de l'appareil contenant l'électronique. On n'a que les capteurs en face de l'arme, et, si on loupe son coup, c'est uniquement le capteur qui prend.
· Ceux où tout est intégré dans un même boîtier. En cas de loupé je n'ai pas besoin de vous faire un dessin. Si un tel accident survient, certains fabricants proposent de remettre l'appareil en état, voire de le remplacer, pour une somme relativement modeste.
Les appareils les moins chers sont généralement du type intégré. Mais, si vous êtes soigneux et si vous mesurez les vitesses en tir sur appui, bien calé, vous conserverez votre chrono indéfiniment. Attention, lorsque vous utilisez une arme équipée d'une lunette, n'oubliez pas qu'entre l'axe optique de la lunette et l'axe du canon il y a une certaine distance. Ce n'est pas parce que la visée au travers de la lunette se situe au-dessus du boîtier du chrono (ou des capteurs) que l'axe du canon l'est également.
Principe de fonctionnement
Le principe de fonctionnement est très simple. Le cœur de l'appareil est un quartz en vibration relié à un compteur d'impulsions et à deux capteurs, le tout complété par un petit calculateur et un afficheur à diodes électroluminescentes ou à cristaux liquides. Les capteurs réagissent à l'ombre que fait le projectile quand il passe au-dessus d'eux. Lorsque la balle passe au-dessus du premier capteur, celui-ci déclenche le compteur d'impulsion qui se met à comptabiliser chaque impulsion du quartz. Le compteur est stoppé quand la balle passe au-dessus du second capteur. La fréquence du quartz et la distance entre les capteurs étant connus, une simple règle de trois donne la vitesse. Cette opération est effectuée par le calculateur intégré et la vitesse est restituée en clair par l'afficheur de service.
Pour ceux que cela intéresse, la règle de trois en question est :
(fréquence du quartz x distance entre les capteurs) / nombre d'impulsions comptabilisées.
Les fréquences sont exprimées en périodes par seconde et la distance en mètres.
Exemple pratique avec un quartz vibrant à 4Mhz (4 millions de périodes par seconde) et une distance de 0,25 mètre entre les capteurs. Si le compteur a comptabilisé 1 000 impulsions au passage de la balle, la vitesse est de :
(4 000 000 x 0,25) / 1 000 = 1 000 m/s.
Utilisations possibles
Pour les armes à air comprimé :
Certaines armes à air sont à puissance réglable. Il est intéressant de connaître la vitesse associée à un réglage de puissance donné. D'une manière plus générale, cela permet de savoir si l'arme concernée est régulière plomb après plomb.
Pour les munitions manufacturées :
Les vitesses indiquées par les fabricants sont indicatives et correspondent aux essais qu'eux-mêmes ont faits dans un canon particulier. Et puis, pour des raisons commerciales, il arrive que les performances indiquées dans les catalogues soient un peu gonflées par rapport à la réalité. Le chrono donnera la vitesse obtenue dans votre arme.
Un autre usage intéressant est la comparaison des lots de cartouches de 22LR.
Pour les cartouches à percussion centrale rechargées :
Une des principales utilisations dans ce domaine est l'étalonnage des lots de poudre. Les poudres sont fabriquées par lots. Il est très difficile, pour le fabricant, de reproduire à l'identique la vivacité (dit simplement, c'est le développement de la pression en fonction du temps) et la masse volumique (poids de poudre correspondant à une unité de volume) d'un lot de poudre donné. Lorsque pour un rechargement éprouvé et donnant satisfaction on change de lot de poudre, il faut étalonner la charge en fonction du nouveau lot. Pour cela, on compare les vitesses de 10 cartouches chargées avec l'ancien lot avec les vitesses de 10 cartouches chargées avec le nouveau. Il faut faire ce test le même jour au même endroit afin d'avoir les mêmes conditions de température, d'humidité, etc. Si la vitesse moyenne est identique, tout va bien. Sinon, il faut augmenter ou diminuer la charge de poudre selon que la vitesse moyenne du nouveau lot est inférieure ou supérieure à celle de l'ancien lot. Attention cependant si la charge "ancien lot" flirtait avec le maximum possible pour la cartouche concernée. Il faut alors baisser la charge de poudre du nouveau lot lors des premiers essais, car si par hasard le nouveau lot est plus vif que l'ancien des problèmes sont en vue.
Le chrono servira également à connaître la régularité d'un rechargement. On pense intuitivement que plus la vitesse des balles est régulière, plus grande est la précision. Que nenni ! Ce serait trop simple. Les rechargements donnant les vitesses les plus régulières sont rarement ceux qui donnent les meilleurs groupements. Ne me demandez par pourquoi car je n'en sais rien et je n'ai jamais rien trouvé sur le sujet dans la littérature spécialisée. Mais c'est une observation que j'ai faite, (et je ne suis pas le seul) au fil de milliers de cartouches tirées au banc ou sur appui avec lunette lors de tests de précision couplés avec des tests de vitesse. Le seul vrai test de précision c'est le banc ou le tir sur appui.
Par contre, une faible précision peut s'expliquer par une grande irrégularité des vitesses. La notion d'irrégularité est d'ailleurs relative. Un écart de 50 m/s pour une 38 Spl Wadcutter qui sort à 220 m/s est énorme (23%) mais ne représente par grand chose pour une 22-250 à 1 100 m/s (4,5%).
En silhouette métallique ou en tir sportif de vitesse, une certaine quantité de mouvement ou d'énergie cinétique est nécessaire. On vérifiera que même avec les balles les plus lentes du rechargement, les valeurs délivrées sont conformes.
Pour les armes anciennes :
L'utilisation est similaire à celle décrite ci-dessus pour le rechargement des cartouches métalliques : vérification de la vitesse, étalonnage des lots de poudre, etc. Avec les armes à chargement par la bouche, il faut protéger l'avant du boîtier ou des cellules des projections de résidus de poudre, de graisse et de bourre. Une petite plaque de Plexiglas épais ou similaire fait l'affaire.
Résistance des matériaux :
La sécurisation des stands est à l'ordre du jour. Des essais en tir réel sont nécessaires pour déterminer quels sont les matériaux les plus efficaces pour la construction des pare balles. La connaissance de la vitesse des projectiles permet de limiter les essais aux projectiles les plus performants pour chaque structure de balle. Qui peut le plus, peut le moins.
Distance d'emploi
On placera le chrono de telle façon que le souffle de bouche ne perturbe pas la prise de vitesse (ébranlement du chrono ou des cellules, activation du comptage par le souffle). Si 1,5 mètre est suffisant pour du 22LR, 3 mètres seront nécessaires pour du 300 Winchester Magnum. Pour une cartouche donnée, le chrono sera toujours positionné à la même distance de la bouche du canon afin de permettre des comparaisons fiables.
Jean-Pierre BEURTHERET